Renforcer l’obligation de servir dans son ensemble

Corina Gredig siège au Conseil national pour le PVL et s'engage pour le service civil. Gregor Szyndler l'a interviewée.

Comment as-tu vécu personnellement le confinement ?
Difficile, car cela a coïncidé avec la mort de mon père. Les funérailles ont dû être reportées au mois de juin en raison des dispositions liées au coronavirus, ce qui a laissé un vide. De plus, il y a beaucoup de parents et de connaissances que l’on n’a même pas vus. On avait parfois l'impression d'être hors du temps. Chez moi comme dans beaucoup de familles, le confinement s’est en outre caractérisé par l'enseignement à domicile et le travail depuis la maison. Mais mes enfants ont très bien joué le jeu. Je suis fière de la façon dont ils ont géré la situation.

Comment as-tu vécu le confinement en tant que politicienne ?
C’était turbulent. De nombreuses décisions d’une portée considérable ont dû être prises très rapidement dans les commissions et au sein du groupe. J'ai en outre reçu un nombre extraordinaire de messages : « Vous en faites trop peu », écrivaient les uns, « Vous en faites beaucoup trop », disaient les autres. A cela s’ajoutaient les personnes qui évoquaient des théories conspirationnistes etc.

Comment as-tu perçu le service civil pendant le confinement ?
Presque pas du tout. C'est dommage. Selon l'actuel plan de lutte contre les pandémies de la Confédération, un recours au service civil est prévu lors d’une telle situation extraordinaire, afin d'apporter une contribution, en termes de personnel, aux soins et à l'assistance aux malades. Je ne m’en prends pas à l'engagement de l'armée, elle fait du bon travail. Mais en réalité, il n'est tout simplement pas prévu de cette manière. Il est beaucoup plus logique de s'appuyer sur le service civil, d'activer et de déployer rapidement des civils. Il faut maintenant comprendre pourquoi cela s'est passé si lentement.

Quel est selon toi la principale leçon à tirer de la manière dont la Suisse a géré le coronavirus ?
La crise actuelle montre qu'une approche intégrée est préférable à la mise en concurrence de différentes formes de services. Le service civil, l'armée et la protection civile doivent être pensés ensemble. En plus des risques militaires conventionnels, nous sommes bel et bien confrontés aussi à des risques civils majeurs. La notion de sécurité doit être comprise dans un sens plus large.

Pourquoi t’engages-tu pour sauver-le-service-civil.ch ?
Le service civil est bien ancré dans ma génération. Il joue un rôle important dans la société suisse : en 2018, les secteurs sociaux et de la santé ont bénéficié à eux-seuls de plus de 1,2 million de jours de service. Or, la révision de la loi visait à rendre l'accès au service civil plus difficile afin de réduire le nombre de personnes quittant l'armée. Pour moi, ce n'est pas la bonne voie. Les personnes astreintes pourraient essayer d’esquiver par la « voie bleue », quittant le système du service obligatoire pour des raisons médicales. Le risque qu’elles restent dans l'armée malgré leur manque de motivation existe aussi, ce qui, à long terme, nuit à l’armée plus que cela ne lui profite.

Selon toi, qu'est-ce qui ne va pas dans la discussion sur le service civil, l'armée et la protection civile ?
À mon avis, il ne faut pas faire pâtir un service au profit d’un autre. Nous devons renforcer le système du service obligatoire dans son ensemble, et cela signifie que tous les sous-systèmes doivent être renforcés. L'armée devrait être rendue plus attrayante, et non le service civil moins attrayant.

Comment faire progresser l’obligation de servir ?
Je défends une même obligation pour tout le monde. L’obligation de servir doit continuer d’évoluer afin d'être à la hauteur des défis qui nous attendent. Ce « service pour tous » permettrait de laisser le libre choix aux jeunes femmes et hommes entre le service militaire et le service civil. De cette manière, le potentiel des personnes soumises au service pourrait être mieux exploité.
Tous les domaines d'importance systémique doivent être pris en compte, tels que les soins de santé et la garde d'enfants, et accessoirement les écoles. Un tel service citoyen peut en outre aider les jeunes à trouver plus facilement leur place dans le monde du travail. Le service militaire ou civil de l'avenir pourrait être pris en compte dans la formation et la formation continue, ou combiné avec un cours de langue.

Corina Gredig siège au Conseil national pour le PVL (ZH), est co-présidente du PVL du canton de Zurich et dirige le laboratoire d’idées (think tank) glp lab.